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REGISTRES D
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monsr le Connestable alla loger à Versailles, et mons1 de Guise à Sainct Sir, demye lyeue près l'un de l'autre, où ilz séjournèrent deux jours pour atendre les vivres qui estoient encores à Paris, finablement suyvoient et costoient l'armée des rebelles jusques à ce qu'ilz feurent au delà de Chartres'3', et jusques en une vallée près de Dreux '4'.
jeudy, dixiesme jour dud. mois de Decembre, allerent trouver la Royne au boys de Vainciennes(1', où ilz ad-viserent de faire partir l'armée de Paris et de suyvre les rebelles, et le vendredy ensuyvant, xim° Decembre, nostre armée alla loger tout allentour de Meudon'2'; monsr de Guise et monsr le Connestable logèrent aud. villaige de Meudon, et le landemain douzeiesme,
1563.
CCLXXXII. — Lettres de la Roïne.
4 janvier 1563. (Fol. 162 v°.)
Du lundy, 1111e jour de Janvier vc lxii.
tt Messieurs, estans venue ce jour d'huy jusques icy pour veoir et entendre aux choses necessaires au bien de ce royaulme et repos d'icelluy, et pour faire assayer de tirer tout ie fruict qu'il seroict pos­sible de la victoire '5' qu'il a pleu à Dieu nous don­ner, j'ay trouvé qu'elle a desja tant porté d'utilitté, que tout le pays deçà la riviere de Loire se trouve quasi netoyé de ceulx qui le troublent, lesquelz ont passé lad. riviere où ilz sont de present; daventaige j'ay trouvé mon cousin le prince dc Condé tellement disposer de s'accommodera la volunté du Roy monsr mon filz'6' et luy faire service, que j'é pancé, pour ne perdre ceste occasion, que le meilleur seroict faire approcher d'icy le Roy mond, filz, affin qu'il puisse donner plus de faveur à son armée, laquelle je faiz cepandant marcher et acheminer après les
autres, et aussi d'aultant'7' mieulx fortiffier l'inten-cion dud. prince à leur confuzion, de quoy je n'ay voullu faillir vous advertir et vous faire entendre de mes bonnes intentions despensées avecq le conseil des princes et seigneurs quc j'ay icy auprès de moy 's', et de l'esperance grande que j'ay que Nostre Seigneur ne nous a pas donné ce bon commencement qu'il ne nous vueille encores mieulx faire, vous priant, Messieurs, suyvant le zelle et affection que j'ay tousjours congneue en vous, tant envers l'honneur de Dieu que le bien du service du Roy mond, filz, vous vueillez continuer aussi à tenir main de vostre part à ce que toute chose de là soient contenues en transquillitté et obeissance acoustumée, avecq espe­rance que nous 11e tarderons gueres à retourner vous veoir, selon le singulier desir que nous avons de estre souvant auprès de vous, comme des meil-
(-> Cette particularité se trouve également relatée dans le Journal de l'année i56a, p. 2o5. "Le io décembre, porte ce journal, le Connétable et M. de Guise se rendirent au dîner du Roi et de la Reine qui dinoient ensemble au Bois de Vincennes, et le Connétable dit à la Reine que les huguenots brùloient tout sur leur passage. L'après-dînée se tint un conseil auquel assistèrent les cardinaux de Rourbon, do Guise et M. le chancelier, et où fut discutée la question de la paixn.
(2)   Le camp du Roi quitta Paris le 11 décembre, le lendemain M. de Guise et le Connétable dînèrent à Meudon, pendant que les troupes prenaient leurs quartiers à Versailles (Journal de l'année i56a, p. 2o5).
(3)   Les Mémoires de Michel de Castelnau, t. I, p. 121, racontent en détail la marche de l'armée huguenote et nous initient aux projets successivement formés et abandonnés par le prince de Condé qui finit par se décider à marcher sur Dreux.
W La relation historique insérée dans le Registre du Bureau de la Ville s'arrête ici, à la veille de la bataille de Dreux, et par conséquent passe sous silence cet important événement.
(-) La bataille de Dreux, où furent défaits les protestants, se livra le 19 décembre.
(-) Charles IX était resté à Paris. (Voir une dépèche du 3 janvier i563 à AI. de Gonnor, où la Reine-Mère lui annonce qu'elle écrit présentement ù son fils nde s'en venir avecque toute sa suytte et son equipaiger, Le Roi se mit en route lo 5 janvier. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 465.)
O Daventaige dans le Registre de la Ville.
(-) D'après une lettre de l'ambassadeur Chantonnay à la duchesse de Parme, en date du 2 janvier, la Reine-Mère s'était arrêtée à Chartres «pour voir si elle pourroit suivre les négociations de la paix, car à Paris, disait-elle, ne seroient volontiers vus ceulx qui vieudroient de l'aultre part-. (Lettres de Catherine de Médicis, t. I, p. 458.)